Enquêtes sur les permis accordés

Adresses étudiées par la Sauvegarde

Voici une sélection d’adresses issues des derniers travaux du groupe Sauvegarde. Retrouvez d’autres autorisations d’urbanisme dans notre dernier bulletin.

  • 6-14, rue Perrée (3e arrdt)

Non loin de l’actuelle mairie du 3e arrondissement se trouve l’hôtel de la Garantie, imposant bâtiment brique et pierre Arts Déco qui a abrité à partir de 1925 les services chargés du contrôle officiel du métal précieux et des poinçons.

Désaffecté, le site a été choisi pour héberger le commissariat de Paris-Centre, qui regroupera 600 fonctionnaires.

Un partenariat public-privé (PPP), conclu début 2019, permettra de financer les travaux, et c’est Eiffage qui les exécutera.

Jusqu’à présent, l’îlot Perrée a plutôt bien conservé son authenticité. Le corps principal présente en son centre un tympan sculpté en pierre doté d’une horloge. Des mosaïques ornent tout le pourtour du bâtiment. Autre élément remarquable : le décor de sgrafitto de la cour intérieure.

Les bâtiments seront lourdement restructurés, au détriment de la cohérence architecturale de l’ensemble. Deux surélévations assez massives en vitre et habillage aluminium sont prévues, l’une à l’arrière de la façade à l’horloge, l’autre sur le corps du fond de la parcelle. Une entée de parking sera aménagée dans la partie gauche de la façade Perrée, et la salle des guichets sera très fortement remaniée, perdant son plancher, ses pavés de verre originels et de fait une grosse partie de son décor. En outre, de nombreuses modifications intérieures complètent le programme, détruisant l’escalier d’honneur, mettant à niveau de nombreux planchers, démolissant murs et poteaux.

La Commission du Vieux Paris s’est prononcée en juin 2019 : « Après avoir rappelé que l’immeuble est protégé au P.L.U., la Commission condamne le choix d’un programme incompatible avec la préservation de cet ensemble bâti remarquable dont les dispositions intérieures et extérieures n’ont été jusqu’ici que peu modifiées. Elle s’oppose en conséquence au remplissage des parties hautes par des constructions neuves, ce qui modifierait la volumétrie du bâtiment, et s’insurge contre la démolition de l’escalier d’honneur qui aurait pour effet de disloquer la séquence d’entrée du bâtiment, calquée sur la distribution des anciens hôtels particuliers. La Commission critique également le grand nombre de démolitions et percements intérieurs et extérieurs (façade principale) ainsi que la perte de la majeure partie du second œuvre d’origine encore présent (mosaïque de sol et dalles de verre en particulier). Elle juge également irrecevable les transformations apportées aux grands espaces sous verrière, qui dénatureraient gravement le cœur du bâtiment (traitement acoustique et thermique de l’ancienne salle des guichets et perte de la transparence au fond de la cour d’honneur) ».

Malgré les nombreuses protestations, le permis a été autorisé par le Préfet en juillet dernier.

  • 63-65, rue Letellier (15e arrdt)

Il aura fallu trois projets successifs pour que la construction d’un R+6 voie le jour à cette adresse. Le pétitionnaire actuel avait d’abord demandé la démolition totale d’un ancien garage et de son bâtiment d’habitation, afin de construire un immeuble à l’alignement de cette petite rue calme du quartier de Grenelle.

Les terrains appartenaient, à la fin du 19e siècle, à l’artisan charcutier Lager, qui disposait alors d’ateliers sur cour. Un bâtiment à R+1 a vu le jour sur rue, à usage d’habitation, à cinq travées et fronton central. L’ensemble a été successivement occupé par un tripier dans les années 1920, une boucherie la décennie suivante, et l’on trouve trace d’un atelier de mécanique automobile en 1934, date autour de laquelle la cour sur l’arrière de la parcelle a été remplacée par une structure avec verrière.

La Commission du Vieux Paris s’était opposée aux deux premiers projets : au premier car il ne conservait rien des anciennes structures pourtant caractéristiques des anciennes maisons basses du quartier, au deuxième car le nouveau bâtiment R+6 venait se poser à une cinquantaine de centimètres seulement du bâtiment historique. Un dernier projet, de typologie plus industrielle (grandes baies vitrées), plus en retrait, a été accepté.

Si nous ne pouvons que constater la disparition d’une dent creuse qui marquait une respiration dans le paysage de la rue, nous saluons les efforts de l’architecte qui s’est également engagé à ravaler la façade originelle.

  • 46, rue Sorbier, 9, rue Gasnier-Guy (20e arrdt)

Cette parcelle avait appartenu à la Ville de Paris et était occupée par une école élémentaire dont les derniers bâtiments dataient des années 1950.

Le site se trouve dans le périmètre délimité des abords de la bouche de métro Gambetta de la place Martin Nadaud, classée monument historique. L’accord de l’ABF était donc requis.

Le projet a été élaboré avec la participation des membres de la coopérative d’habitants lauréate de l’appel à projet lancé par la ville de Paris en 2014 pour le développement de l’habitat participatif, qui se caractérise par la participation des habitants à la conception des logements, la mutualisation d’espaces à usage commun et la gestion collective d’un immeuble.

L’immeuble projeté, comportant 17 logements, sera implanté à l’alignement sur la rue Sorbier et sur la rue Gasnier-Guy, épousant l’angle des deux rues, avec un pan coupé sur la place Martin Nadaud.

En béton isolé par l’extérieur revêtu d’un enduit à la chaux, il présentera deux volumes en saillie d’1m sur l’espace public du premier à l’avant-dernier étage, bardés de bois, l’un interrompant la façade sur la rue Sorbier et l’autre soulignant l’angle.

Le volume d’angle sera surmonté d’un niveau d’attique (7e étage) positionné légèrement en retrait de l’alignement. Une terrasse collective « ouverte à une diversité d’usages pour les futurs habitants » sera aménagée en contrebas sur le 6e étage.

Un local commercial avec vitrine sur la rue Sorbier et un local artisanal sont prévus au rez-de-chaussée dans l’angle.

L’accès à l’immeuble se fera par un porche vitré de double hauteur, qui communiquera avec le jardin situé à l’arrière.

Au-dessus du porche, une travée de fenêtres de double hauteur rendra les paliers apparents.

Les autres fenêtres donnant sur la rue Sorbier, de forme horizontale, verticale ou carrée, seront, elles aussi, organisées en travées. Certains appartements bénéficieront de terrasses sur l’arrière de l’immeuble.

Le reste de la parcelle laissera place à un Espace Vert Protégé clôturé, dont le pourtour sera aménagé en terrasses de pleine terre plantées et enherbées descendant depuis la rue Gasnier-Guy vers la façade arrière de l’immeuble, sur laquelle il est prévu de faire grimper 2 plants de vigne.

Malgré la « ficelle » consistant à diviser l’immeuble en plusieurs volumes, tant horizontalement que verticalement, la nouvelle construction n’en demeure pas moins disproportionnée par rapport aux bâtiments anciens, beaucoup moins élevés, situés en vis-à-vis rue Gasnier-Guy et en bordure de la place Martin Nadaud.

Le volume d’angle, tel une proue de navire, les domine de façon abrupte. Une forme étagée se serait mieux intégrée dans le paysage de la place. Au lieu de cela, l’immeuble projeté dépassera l’immeuble mitoyen, qui ne compte que 6 étages.

Le dossier ne fait même pas mention de la crèche laïque du Père Lachaise, construite en 1899, dont le décor des façades et les garde-corps en ciment imitent des branches d’arbres, et qui bénéficie d’une protection patrimoniale au titre du PLU.

La seule remarque formulée par l’ABF porte sur la couleur du bardage, prévu en mélèze. Il préconise l’utilisation d’une autre essence « dont la coloration dans la durée se rapprochera d’une teinte grisée naturelle proche des couleurs traditionnelles parisiennes ».

Les informations détaillées sur ces enquêtes et sur les actions menées par Paris Historique sont disponibles dans notre bulletin semestriel, que vous pouvez vous procurer soit en adhérant à l’association via ce lien, soit en vous rendant à notre centre d’informations.