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Un édifice du XVIIe siècle à l’abandon : l’hôtel de Nevers

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Au n° 12 de la rue Colbert et au n° 58 bis de la rue de Richelieu, dans le 2e arrondissement, se dresse un bâtiment de trois travées datant de 1648, d’un étage carré et un étage de comble. Si la façade longeant la rue de Richelieu est assez sévère, celle qui donne sur la cour intérieure – cour à laquelle on accède par un beau portail ouvrant sur la rue Colbert – présente d’élégantes coquilles de style rocaille. La qualité de l’édifice lui a d’ailleurs valu une inscription au titre des monuments historiques le 2 juin 1992.

En dépit de son intérêt, le bâtiment est depuis de nombreuses années dans un état de conservation préoccupant. Noircie par le temps et enlaidie de gouttières en zinc, la façade sur cour est particulièrement dégradée, celle qui donne sur la rue Colbert étant recouverte d’un filet de sécurité pour empêcher les chutes de pierres. Propriété de la Bibliothèque nationale de France (BNF), mais n’ayant pas bénéficié de la vaste opération de rénovation dont les bâtiments du quadrilatère Richelieu ont fait l’objet à partir de 2011, cet édifice est pourtant l’unique vestige d’un hôtel édifié au XVIIe siècle, l’hôtel de Nevers, qui abrita notamment le premier salon du siècle des Lumières et le prestigieux Cabinet des médailles de la bibliothèque du Roi.

Portail et façade de l’hôtel de Nevers sur la rue Colbert (photo Paris historique).
Façade de l’hôtel de Nevers sur la rue de Richelieu (photo Paris historique).

Afin d’agrandir vers l’ouest le palais Mazarin, dont faisait notamment partie l’hôtel Tubeuf alors occupé par le cardinal, ce dernier chargea les architectes Pierre le Muet et Maurizio Valperga d’édifier une aile de 144 mètres le long de la rue de Richelieu. Construite entre 1646 et 1648, cette aile abrita au rez-de-chaussée les écuries du palais Mazarin et, au premier étage, la bibliothèque du cardinal. Elle prit le nom d’hôtel de Nevers lorsqu’elle fut attribuée au neveu de Mazarin, Philippe Mancini, duc de Nevers, après la mort du cardinal en 1661. Suite au déménagement de la bibliothèque et à des opérations de lotissement, l’extrémité nord de l’hôtel fut percée en 1683 d’une arcade donnant passage à une rue ouverte perpendiculairement à l’hôtel, entre la rue Vivienne et la rue de Richelieu, appelée rue Neuve-Mazarin et devenue depuis la rue Colbert.

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En vert, l’aile Richelieu de l’hôtel de Nevers, construite en 1646-1648 et démolie en 1868. En rouge, le bâtiment qui subsiste toujours (plan de Turgot, 1739).

En 1698, le duc de Nevers loua l’extrémité nord de l’hôtel – correspondant en partie au bâtiment toujours visible aujourd’hui – à Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert. Celle-ci y tint pendant plus de vingt ans un salon particulièrement fameux, réunissant académiciens, écrivains, artistes, savants et hommes du monde autour de sujets littéraires, philosophiques et scientifiques. Fréquenté notamment par Fontenelle, Marivaux et Montesquieu, ce salon acquit bientôt une immense réputation.

 

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Plan de l’appartement de la marquise de Lambert en 1725. Seule la partie en rouge subsiste, la partie en vert ayant été démolie en 1868 (archives de la bibliothèque royale). 

Suite à la mort de la marquise de Lambert en 1733, son appartement fut cédé par son fils à la bibliothèque du Roi – ancêtre de l’actuelle BNF – et il fut décidé d’y installer sept ans plus tard les prestigieuses collections du Cabinet des médailles. Un magnifique « salon Louis XV » fut aménagé à cette occasion par Jules-Robert de Cotte, orné de peintures représentant les Neufs Muses dues à Charles-Joseph Natoire, François Boucher et Carle Van Loo et de boiseries sculptées par l’ornemaniste Jacques Verbeckt, dont des vestiges subsistent toujours au premier étage de l’hôtel. C’est également à cette époque que les coquilles rocaille vinrent orner les dessus-de-fenêtre sur la façade côté cour. Quant à la plus grande partie de l’aile Richelieu, aujourd’hui disparue, elle fut occupée par le siège de la Banque royale de John Law en 1719 puis par la bibliothèque du Roi à partir de 1721.

Le cabinet des Médailles dans l’aile Richelieu au XVIIIe siècle. Des décors en stuc des arrière-voussures (en rouge) sont aujourd’hui toujours visibles (gravure parue dans La Gazette des Beaux-Arts en 1861).
Décor de stuc sculpté par Jacques Verbeckt vers 1736, ornant l’arrière-voussure d’une baie de l’ancien cabinet des Médailles (photo Patrice Girard, 2005).

Le cabinet des Médailles quitta l’ancien appartement de la marquise de Lambert en 1865. Trois ans plus tard, l’aile Richelieu fut démolie, faisant place à l’actuel bâtiment édifié par Henri Labrouste. Cette démolition entraîna celle de l’arcade de la rue Colbert mais épargna les trois dernières travées de l’aile, qui constituent depuis 1868 ce que l’on nomme communément « hôtel de Nevers » ou « petit hôtel Colbert ».

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Vue de l’aile Richelieu et de son arcade depuis la rue Colbert, peu avant leur démolition en 1868. Seule la partie en rouge subsiste (gravure parue dans L’Illustration).

Restauré en 1928, l’hôtel fut pendant quelques années le siège du Centre international de synthèse. Plus récemment, le rez-de-chaussée abrita l’atelier de serrurerie de la BNF, les services du département de l’orientation et de la recherche bibliographique s’installant à l’étage. Cette exploitation insuffisante du bâtiment conduisit le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand à annoncer en 2011 l’installation d’un espace consacré à la photographie, dont la gestion devait être confiée au musée du Jeu-de-Paume après des travaux de rénovation d’une durée de deux ans. Faute de financement, son successeur Aurélie Filippetti mit cependant fin au projet dès l’année suivante, la BNF annonçant ensuite vouloir céder l’hôtel à une université mais sans que projet n’aboutisse.

L’état de conservation de l’hôtel préoccupant un nombre croissant d’amoureux du patrimoine, nous avons adressé en octobre 2022 un courrier à la ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, malheureusement demeuré sans réponse. Le peu de surface offert par le bâtiment, que l’on peut estimer à environ 300 m2, le rend impropre à accueillir une institution culturelle d’envergure. Aussi doit-on souhaiter que la BNF parvienne très prochainement à lui trouver une affectation lui permettant enfin de bénéficier de la réhabilitation qu’il mérite amplement.

Antoine Boulant

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