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Que devient l’hôtel de Seignelay ?

L'incendie de l'hôtel de Seignelay, le 6 février 2022 (photo Camille Louis).

S’élevant au 80 rue de Lille et 21 quai Anatole-France (7e arrondissement), l’hôtel de Seignelay – du nom de son premier propriétaire, le comte de Seignelay, petit-fils de Colbert – a été victime d’un spectaculaire incendie le 6 février 2022. L’attention médiatique dont il a bénéficié pendant les quelques heures du désastre n’étant désormais plus de mise, il semble nécessaire de faire un point sur le chantier de restauration, à partir du dossier que nous avons pu consulter à la conservation régionale des monuments historiques d’Île-de-France

Construit en 1716 par Germain Boffrand, ce bel hôtel de cinq étages fut transformé et réaménagé au fil du temps. Ainsi se vit-il doté d’un grand salon Louis XV aux boiseries rocaille exécutées par Jean Liottier vers 1760, puis d’un boudoir Louis XVI, tous deux aménagés au premier étage, ainsi que d’une salle à manger et d’un salon de musique, aménagés au rez-de-chaussée et également ornés de belles boiseries. Une aile fut construite au XIXe siècle pour relier l’hôtel aux communs, et par ailleurs, un bâtiment contigu édifié en 1844 lui fut annexé. Après avoir été occupés par différents propriétaires, les deux édifices furent vendus en 1938 au gouvernement allemand pour agrandir son ambassade, alors installée dans l’hôtel de Beauharnais mitoyen, avant de revenir en 1945 dans le giron de l’État français, puis de la République fédérale d’Allemagne. La vente de 1938 entraîna de nombreux aménagements des intérieurs pour y aménager des bureaux, avec notamment la création de cloisons, de faux plafonds, de revêtement des sols et de goulottes. Toutefois, ces transformations affectèrent essentiellement les étages supérieurs et les anciennes écuries, les volumes et les décors du rez-de-chaussée et du premier étage étant épargnés.

Après la guerre, l’hôtel fut occupé par différents ministères et secrétariats d’État. Mais dès 1952, ses éléments les plus significatifs firent l’objet d’une protection au titre des monuments historiques – les boiseries Louis XV du grand salon, le boudoir Louis XVI, les façades et les toitures – avant que la totalité de l’hôtel ne fût finalement inscrite à l’inventaire supplémentaire en 1991, à l’exclusion de l’aile du XIXe siècle.

N’hébergeant plus de services ministériels, l’hôtel fut vendu en 2018 à la Maison des entrepreneurs représentée par Pierre Kosciusko-Morizet, avec pour objectif d’y aménager un logement privatif et un lieu d’accompagnement pour les entrepreneurs à la recherche de nouveaux projets, tout en mettant en valeur les éléments décoratifs anciens. Mais alors qu’il était en cours de restauration, l’hôtel fut victime d’un incendie le 6 février 2022, sans doute parti d’un point de surchauffe – comme c’est, hélas, bien trop souvent le cas lors de chantiers de restauration de monuments historiques, insuffisamment surveillés. Une partie de l’avant-corps nord et de l’aile est fut gravement endommagée, notamment les structures de l’édifice. À l’intérieur, le salon rocaille, la salle à manger et le salon de musique furent entièrement détruits, ainsi que plusieurs pièces de moindre intérêt patrimonial, comme le vestibule et la chambre de maître. Par chance, le boudoir Louis XVI, situé à l’opposé du sinistre, fut épargné, tout comme les parquets et menuiseries anciennes, préalablement déposés pour être restaurés.

Le propriétaire déposa une demande anticipée d’autorisation de travaux à partir des premiers constats de désordres observés. Celle-ci fut délivrée le 26 octobre 2022 afin de « rétablir les façades et les murs de refend dans leur état initial » et de restituer les planchers. Le diagnostic affiné et les sondages achevés, une nouvelle autorisation de travaux fut délivrée le 24 juillet 2023 afin de permettre « la restauration et la restitution des décors et du second œuvre : parquets, lambris d’appui et de hauteur, enduits muraux, portes, plafonds, cheminées, corniches, compris mise en peinture et dorure ».

Conduite par les agences d’architecture Covalence et LBB, la restauration des éléments de décor est naturellement privilégiée. Lorsqu’elle se révèle impossible et que seule une restitution peut être envisagée, celle-ci s’appuie sur des relevés précis, ou par analogie lorsque les éléments sont trop endommagés. Ainsi les lambris, les stucs et les corniches de la salle à manger doivent-ils être entièrement restituée à l’identique, tandis que le décor du salon de musique ne le sera que partiellement. Dans le grand salon en revanche, pièce emblématique de l’hôtel, le parti a été pris d’installer « un nouveau décor, contemporain et entièrement réversible », dans le respect des volumes d’origine, avec une restitution des corniches et des rosaces.

Antoine Boulant, Corinne Crévot

 

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