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Un décor Belle Epoque détruit en toute illégalité

Image 7 : la cloison et son vitrail, aujourd’hui disparues (photo Google Maps).

Au n° 7 de la cour des Petites-Écuries s’élève un bel immeuble édifié à la fin du XIXe siècle, dont le rez-de-chaussée abrite depuis 1909 la brasserie alsacienne Floderer. Voici encore quelques mois, celle-ci arborait une belle devanture en bois sombre, caractéristique des bistrots du Paris de la Belle Époque. Le propriétaire s’étant vu accorder en janvier 2024 une autorisation de travaux portant sur un rallongement de la marquise, une remise en peinture des menuiseries et une modification de la devanture, celle-ci s’est vue entièrement repeinte en jaune, au détriment de l’esprit initial des lieux.

Toutefois, si ces travaux ont bien reçu une autorisation de la direction de l’urbanisme, il n’en est pas de même de ceux qui ont parallèlement affecté l’intérieur de l’établissement. Si dans la première salle, un grand panneau peint et un plafond ont été conservés, dans la seconde, quatre tableaux marouflés représentant des lacs de montagne, peints en 1913 par Charles Morel de Tangry – auteur réputé d’affiches représentant des vues de la Côte d’Azur – ont été remplacés par des toiles contemporaines. Une cloison de séparation en boiserie, ornée d’un superbe vitrail, a laissé place à un comptoir de bar. Tandis que les canapés et fauteuils anciens se sont vu substituer un mobilier sans style, les boiseries sombres ont été repeintes en blanc cassé. Les ferronneries en tubes d’acier, de style 1900, ont pour la plupart disparu. Il en est de même pour les lustres et appliques, remplacés par des éclairages contemporains.

Au-delà de la disparition de ces remarquables éléments de décor, le plus grave est qu’ils sont signalés comme « éléments particuliers protégés » dans le plan local d’urbanisme actuellement en vigueur – plus particulièrement dans l’annexe VI du règlement, annexe ayant pour objet de recenser les protections patrimoniales au titre du Code de l’urbanisme. Rappelons en effet que le PLU protège « les immeubles – terrains, bâtiments, parties de bâtiments, éléments particuliers – qui possèdent une qualité architecturale remarquable, ou constituent un témoignage de la formation et de l’histoire de la ville ou d’un quartier, ou assurent par leur volumétrie un repère particulier dans le paysage urbain, ou appartiennent à une séquence architecturale remarquable par son homogénéité ».

Ainsi que le précise le règlement du PLU, « les bâtiments protégés et les éléments particuliers protégés doivent être conservés et restaurés. Sans préjudice des dispositions de l’article L 451-2 du Code de l’urbanisme, leur démolition ne peut être autorisée que dans des cas exceptionnels liés à une trop grande vétusté » (art. UV.11.3) ou « à des impératifs de sécurité » (art. N.11.2). C’est donc manifestement en totale contravention avec le règlement du PLU que le propriétaire a fait procéder à la démolition ou la dénaturation des différents éléments de décor ancien.

Alors que Paris tente de conserver la mémoire de son passé dans des espaces privés ouverts au public, en particulier des lieux de restauration – pensons notamment à la brasserie Bofinger et au restaurant Benoît –, certains propriétaires détenteurs de cette mémoire n’hésitent pas à détruire ces traces centenaires, qui font l’admiration des visiteurs étrangers, pour les remplacer par un décor fort discutable et qui sera vite oublié. Dans le cas présent, nous avons adressé un courrier à la direction de l’urbanisme pour l’alerter sur cette scandaleuse « rénovation ».

Antoine Boulant

Patrice Leloup

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12 réflexions sur “Un décor Belle Epoque détruit en toute illégalité”

  1. Scandaleux en effet ! Quel individu de faible culture et quel architecte d’intérieur sans talent ont pu réaliser un tel massacre ? À quoi s’ajoutent une musique vulgaire et une carte désolante (on y trouve une proposition de fish & chips !), le tout à un prix déraisonnable. Il faudrait en effet exiger que le propriétaire remette Flo dans son état originel, d’un charme si fort.

  2. Trentiin Gisèle

    Je suis très étonnée que les bâtiments de france n’ai pas contrôlé la déclaration de travaux et que conformément au PLU et aux ABF l’accord a été donné du changement de couleur de la façade. Si la mairie du 10eme ne vous répond pas vous pouvez aller consulter le permis ou la DP sur place c’est à la disposition de ceux qui le demandent peut être sur RDV et sans réponse vous pouvez faire une copie de votre demande et la porter directement à la mairie en double exemplaire et vous garderez un double tamponné qui authentifiera votre demande, que vous pourrez joindre à une lettre adressée au service des bâtiments de france dont dépend la mairie du 10eme. Ne lâchez rien sinon c’est notre patrimoine qui est en danger !!! G.T adjointe au maire à l’urbanisme

  3. Mocchia di Coggiola

    Des nouvelles ? J’aimerais savoir, si possible, comment la situation a évolué (si elle a évolué). J’allais dans ce restaurant depuis 20 ans, c’est une perte immense pour moi mais, surtout, une perte artistique et culturelle pour toute la ville de Paris.

    1. La destruction du décor 1900 de la brasserie Flo a été constatée en février 2024, suite à la réouverture de l’établissement faisant suite à la rénovation de sa devanture. Paris historique a immédiatement adressé un courrier à la direction de l’urbanisme (sous-direction du permis de construire), avec copie à la mairie du 10e arrondissement, pour alerter sur cet état de fait, mais notre courrier n’a fait l’objet d’aucune réponse à ce jour.

    1. Il faut signaler immédiatement au procureur ,copie DDE ,en recommandé AR , sinon la mairie va enterrer l’affaire

  4. En plus, la qualité de la cuisine proposée a subi un baisse identique.
    C’est donc un ratage complet.

  5. C’est un massacre patrimonial noyé sous un déluge de mauvais goût clinquant. Pouvez vous nous tenir informés de la réponse de la direction de l’urbanisme ?

  6. Cette information attristera tous les habitués ,comme moi pendant 15 ans,de ce lieu unique.
    Il m’avait été annoncé la fermeture pour des travaux de rafraîchissement

    1. GARNIER Michel

      OUI Totalement SCANDALEUX et pire encore que le Petit Zinc qui lui n’était pas entièrement d’époque J’ habitais Rue VISCONTI toute proche et y soupais régulièrement avait été créé à partir d’éléments anciens et reproduits AVEC UN
      décorateur de TALENT !!

  7. Vous avez bien fait d’adresser un courrier à la direction de l’urbanisme pour l’alerter sur cette scandaleuse « rénovation ».
    Il faut porter plainte et exiger que le propriétaire remette tout dans l’état d’origine !

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